EDUCATION : LA LOGIQUE DU PIRE

jeudi 24 août 2006
par  DERCOURT ALAIN
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Que n’a-t-on pas entendu de la part de nos gouvernants pour essayer de justifier l’injustifiable ? 8700 postes en moins dans les enseignements scolaires ? 1568 postes dans l’enseignement supérieur et la recherche quand 3000 avaient été promis ? Ce ne serait que de « l’optimisation », une recherche de « qualité » s’opposant à la sempiternelle revendication quantitative des syndicats.

Les euphémismes lénifiants se bousculent tout comme les explications approximatives. C’est ainsi que Gilles De Robien, plein de zèle, affirme sans crainte que le taux d’encadrement ne serait pas modifié. Bref, « beaucoup de bruit pour rien ».

Rien, des suppressions de postes qui atteignent un niveau inégalé depuis 2002 ? Anodines, des coupes claires qui par exemple sur 5 ans atteignent 25 000 emplois dans le seul 2nd degré, sans compter les dizaines de milliers de suppressions des emplois jeunes, des MI-SE, ... ?

Insignifiantes, les baisses incessantes de postes mis au concours et leur corollaire de précarité galopante ? Comme si on pouvait avoir une quelconque ambition éducative sans la présence sur le terrain de personnels qualifiés à tous les niveaux.

Il suffit de confronter les arguments avancés à la réalité pour faire bon marché de ces fumeuses affirmations. Deux arguments sont régulièrement mis en avant. Le premier invoque la démographie : moins d’élèves, donc moins d’enseignants. Une imparable logique !

Sauf qu’il n’y a pas moins d’élèves dans le système éducatif : il y a une baisse dans les enseignements de second degré (moins 26000 prévus en 2007), une augmentation dans le premier degré (plus 46000 prévus à la même date), et un solde positif sur l’ensemble. Or, outre le fait que les élèves aujourd’hui dans les écoles seront demain dans les collèges puis les lycées et qu’on ne peut pas raisonner à court terme, nous sommes confrontés à une curieuse arithmétique qui prétend créer environ 600 postes pour plus de 40000 élèves supplémentaires attendus dans les écoles et en faire disparaître plus de 2000 pour 30000 élèves en moins dans le second degré. Un étrange calcul qui se répète depuis 4 ans.

Le second argument porte sur le travail des personnels. Nos ministres brandissent un audit sur les « décharges statutaires » des enseignants de second degré qui chiffre leur nombre à l’équivalent de 28000 temps pleins : en supprimer environ 3000 serait sans effet sensible. C’est oublier qu’elles correspondent à des charges de travail particulières (par exemple, coordination d’un laboratoire, classe préparant au baccalauréat ou classes post baccalauréat). La suppression d’une partie d’entre elles ne pourrait qu’aggraver les conditions de travail des enseignants. Alors que chacun s’accorde sur la nécessité de faire évoluer les métiers de l’éducation, de développer aussi bien la formation continue que le travail en équipe, croit-on que c’est en chargeant la barque du temps de travail que l’on va avancer ? Les personnels de l’éducation travaillent ; ils le font en général sans compter leur temps, dans des conditions souvent difficiles ; c’est leur faire insulte que de laisser entendre qu’ils bénéficieraient de privilèges indus. Voudrait-on les démotiver qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

En réalité, autant que les personnels, ce sont les élèves qui vont être les premières victimes de ces choix budgétaires. L’expérience de ces dernières années nous montre clairement quelles vont en être les conséquences immédiates : un peu plus d’élèves dans certaines classes, une nouvelle régression de la scolarité en maternelle avant 3 ans, moins de possibilités de remplacement, des options supprimées, un enseignement professionnel encore plus sacrifié ; au final moins de service public pour compenser les inégalités sociales et territoriales.

Pour bien comprendre que c’est l’architecture même de notre système éducatif qui est menacée il suffit de voir que pour trouver mille postes pour les quelques 250 collèges dits « ambition réussite » (un quart des ZEP !) il a fallu que le ministre supprime une demi heure d’enseignement à tous les élèves de cinquième et de quatrième. Non seulement les choix budgétaires actuels ne donnent aucune marge de manœuvre pour améliorer quoi que ce soit mais les redéploiements ne pourront que s’accentuer en dépouillant les uns pour mal habiller quelques autres.

On peut se demander par quelle aberration au moment où les jeunes ont exprimé avec force leur volonté d’avoir un avenir, au moment où la crise a explosé dans certains quartiers, on se prive justement des moyens qui pourraient permettre de faire face aux défis de la réussite de tous ? Pourtant chacun sait que pour conduire tous les jeunes à la réussite scolaire, il faudrait à tous les niveaux, de la maternelle à l’université, plus d’encadrement, des professionnels qualifiés en plus grand nombre, mieux formés, en capacité de travailler en équipe.

Et cerise sur un très mauvais gâteau, ces postes qui vont manquer pour le système éducatif vont aussi manquer pour offrir des débouchés à des dizaines de milliers d’étudiants, voués au chômage et à la précarité dans une période où le gouvernement brandit l’étendard de la lutte sans merci pour l’emploi. Quelles perspectives le gouvernement une fois de plus offre-t-il aux jeunes ?
Aberration ou choix politique ? Est-ce un hasard si, au moment même où l’on taille dans le vif d’un système éducatif exsangue, on met en place une voie d’exclusion précoce à travers l’apprentissage dit « junior », on ne prend pas réellement en compte l’éducation prioritaire, on multiplie les mesures de tri social par des orientations précoces ?

En fait les choix budgétaires ne sont jamais neutres ; ils sont significatifs d’une politique ; ils donnent des signes lisibles : en l’occurrence celui de l’abandon de toute ambition pour l’ensemble des jeunes, celui d’une défiance envers les personnels.

Ils signifient le sacrifice des choix d’avenir que constituent aussi bien l’éducation que la recherche publique.

Nous avons la volonté de nous battre mais, au-delà des personnels, et des luttes que nous conduirons ensemble, c’est bien à toute la société que nous nous adressons : ensemble ne laissons pas faire.

Gérard ASCHIERI - Secrétaire Général de la FSU
Richard BÉRAUD - Secrétaire Général de la FERC-CGT
Patrick GONTHIER - Secrétaire Général de l’UNSA Éducation
Jean-Luc VILLENEUVE - Secrétaire Général du SGEN-CFDT


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